Quand on parle de pollution électromagnétique, on pense spontanément aux ondes Wi-Fi, à la 4G/5G ou aux lignes à haute tension. Il existe pourtant un phénomène beaucoup plus discret, qui se cache dans le câblage même de votre habitation ou de votre bureau: l'électricité sale, ou dirty electricity.
C'est quoi, concrètement ?
Le réseau électrique européen est censé délivrer un courant alternatif parfaitement régulier, à 50 Hz. Dans la réalité, ce signal propre est de plus en plus « pollué » par des perturbations à haute fréquence: des harmoniques (des multiples de 50 Hz, comme 150 Hz, 250 Hz, etc.) et de courtes impulsions appelées transitoires. Ces perturbations, généralement comprises entre 2 kHz et plusieurs MHz, se superposent au courant normal et circulent sur les mêmes fils que votre électricité domestique.
C'est un phénomène bien connu des électriciens et des ingénieurs, qui l'appellent plus sobrement interférences électromagnétiques conduites (EMI) ou distorsion de la qualité de l'énergie, des notions encadrées par de vraies normes techniques (EN 50160, CEI 61000). Le terme « électricité sale » vient plutôt du monde de la bio-construction et de la santé environnementale, mais le phénomène physique qu'il décrit est bien réel.
D'où vient-elle ?
L'électricité sale n'a pas une seule origine: elle est le résultat cumulé de très nombreux appareils électroniques modernes.
À l'intérieur du bâtiment, les principaux responsables sont les appareils à « charge non linéaire », c'est-à-dire ceux qui ne consomment pas le courant de façon régulière mais le découpent électroniquement:
- Les chargeurs et alimentations à découpage (smartphones, ordinateurs, box internet)
- Les ampoules LED et lampes économiques, les gradateurs de lumière
- Les variateurs de vitesse (moteurs, plaques à induction, électroménager)
- Les onduleurs, que ce soit pour le photovoltaïque ou l'informatique
De l'extérieur, le réseau de distribution lui-même transporte une partie de cette pollution accumulée par l'ensemble des bâtiments raccordés, à laquelle peuvent s'ajouter les compteurs communicants, les installations solaires du voisinage ou les bornes de recharge de véhicules électriques.
Plus il y a d'électronique dans un bâtiment, plus l'électricité qui y circule a de chances d'être « sale ».
Comment la mesure-t-on ?
Ce type de pollution ne se détecte pas avec un mesureur de champs électromagnétiques classique: il faut un instrument spécifiquement conçu pour capter ces fréquences intermédiaires, entre le 50 Hz habituel et les radiofréquences. C'est un des axes que nous intégrons dans un audit électromagnétique complet, en complément des mesures de champs électriques et magnétiques traditionnelles.
Un protocole professionnel type commence par une mesure de référence dans plusieurs pièces, distingue les sources internes des sources externes en coupant les circuits un à un, puis compare le niveau mesuré avant et après l'installation éventuelle d'un filtre, avec vérification qu'aucune résonance ne vient au contraire aggraver le signal.
Et la santé, dans tout ça ?
Le phénomène électrique en lui-même est réel et mesurable: ce n'est pas une question d'opinion. En revanche, les allégations de santé qui lui sont parfois associées (cancer, diabète, hypersensibilité électromagnétique) restent controversées et ne font pas l'objet d'un consensus scientifique. Ce n'est pas l'objet de cet article d'en débattre: notre rôle est avant tout de comprendre, mesurer et, si besoin, réduire ce type de pollution électrique dans votre environnement.
Sources
- EN 50160, norme sur la qualité de la tension fournie par les réseaux publics de distribution
- CEI/IEC 61000, série de normes sur la compatibilité électromagnétique
- de Vocht & Olsen, Systematic Review of the Exposure Assessment and Epidemiology of High-Frequency Voltage Transients, Frontiers in Public Health (2016)
- Organisation mondiale de la santé, fiche d'information sur l'hypersensibilité électromagnétique (2005) et synthèse « Radiation: Electromagnetic fields »
- Anses, avis sur l'hypersensibilité électromagnétique (2018)
- SCENIHR, avis à la Commission européenne sur les champs électromagnétiques (2015)
- Conseil Supérieur de la Santé (Belgique), avis n° 8081 sur l'exposition aux champs électromagnétiques basse fréquence